Nom d'un vaste empire qui apparaît
brusquement au XVIème siècle avant J.-C. lorsque
aux royaumes hourrites et sémitiques qui constellaient la Haute-Mésopotamie
réussirent à s'imposer de nouveaux groupes de Hourrites mêlés à des Indo-Aryens.
Les noms des rois du Mitanni, les dieux qu'ils invoquent, certains termes
de la charrerie ou du dressage des chevaux, les noms des neuf premiers chiffres
sont Indo-Aryens. Il semble donc qu'une aristocratie indo-européennes se soit
imposée aux populations hourrites. L'Archéologie permet de situer au XVIème
siècle av. J.-C. l'apparition des nouveaux venus. Il a dû s'agir d'un phénomène
pacifique comme il ressort du fait que la langue du Mitanni ne cesse d'être
hourrite, langue asiatique de type agglutinant encore imparfaitement explorée,
et que les membre de la famille royale portent parfois des noms hourrites.
On suppose donc que la vague migratoire qui allait susciter le royaume du
Mitanni était constituée de groupe Indo-aryens et de groupes hourrites intimement
mêlés.
Mettant à profit le déclin du royaume
hittite, le Mitanni, sous l'impulsion du roi Saustatar, réussit à étendre
du Zagros à la Méditerranée en englobant la Syrie du Nord. Il avait assujetti
l'Assyrie dont il avait pillé la capitale, Assur. Sa puissance faisait obstacle
aux projets des pharaons de la XVIIIème dynastie qui ambitionnaient
de reprendre le contrôle des anciennes marches égyptiennes de Palestine et
de Syrie ; elle menaçait la Babylonie et le Hatti.
Il n'est pas étonnant, dans ces
circonstances, que l'Égypte ait vu dans la neutralisation du Naharina ou de Hanigalbat
(termes qui, dans les textes égyptiens, désignent le territoire de l'Empire
mitannien), le moyen le plus sûr de reconquérir durablement ses provinces
asiatiques. Le pharaon Touthmosis III s'engagea, de 1482 av. J.-C.
à 1463 av. J.-C. dans une série de dix-sept campagnes. La huitième fut décisive
et lui permit de défaire sur son territoire le roi du Mitanni. Tandis que
les neuf autres furent employées à réduire les révoltes locales et à consolider
l'occupation des vastes territoires conquis. En fait, la puissance mitannienne
avait été vaincue mais non détruite.
Si l'empire asiatique de l'Égypte
resta intact sous les deux successeurs de Touthmosis III, Aménophis
II et Touthmosis IV, ces deux monarques durent néanmoins réprimer
des révoltes. Les opérations de pacifications revêtirent parfois une certaine
ampleur sans toutefois amener les troupes égyptiennes à se heurter au Mitanni
qui, sans doute, incitait secrètement à la rébellion. D'ailleurs dès le règne
d'Aménophis II, le Mitanni, dont les forces déclinaient, tandis que
s'accroissaient celles de Hatti, de l'Assyrie, de Kardounias (le royaume Cassite
de Babylone), tenta de se rapprocher de ses adversaires égyptiens que l'évolution
de la situation en Asie mineure n'était pas sans inquiéter. Ce ne fut pourtant
que sous le règne de Touthmosis IV que les deux États parvinrent à
instaurer entre eux une entente cordiale destinée à maintenir l'équilibre
oriental. Touthmosis IV épousa la fille d'Artatama Ier, roi du Mitanni.
En 1408 av. J.-C., Aménophis III, fils de Touthmosis IV et de
son épouse mitannienne, accéda au trône sans avoir de révolte à réprimer en
Asie. L'alliance égypto-mitannienne fut renforcée par de nouveaux mariages
royaux. Aménophis III, épousa Giluheba, sour du roi du Mitanni,
Tusratta, puis Taduheba, fille du même souverain. Après la mort
d'Aménophis III, Taduheba devint l'épouse de son fils et successeur
Akhenaton.
Toutefois le royaume de Mitanni,
dont Tusratta avait pris la charge, était un royaume affaibli par des
dissensions internes. Le frère et le prédécesseur de Tusratta, Artassumara,
avait été assassiné, mais les droits à la couronne du Mitanni avaient été
revendiqués par un prince du nom de Artatama II qui était peut-être
un frère du roi Tusratta et
qui semble avoir été impliqué dans le meurtre d'Artassumara. Contraint
de fuir le Mitanni avec son fils Suttarna, Artatama II fit appel
au roi hittite Suppiluliumas dès son accession au trône. Suppiluliumas
(1380-1360 av. J.-C.) qui allait être l'artisan de la renaissance hittite,
décida d'intervenir militairement en faveur d'Artatama II. Cette expédition,
sur laquelle les sources hittites sont muettes se solda par un échec sérieux
dont nous informe du côté mitannien une lettre de Tell-el-Amarna. Quelque vingt ans plus tard,
Suppiluliumas revint à la charge. Tandis que l'Égypte d'Akhenaton se
cantonnait dans une attitude de non-intervention, le roi hittite enlevait
la Syrie du Nord à Tusratta et amenait les princes de la région à reconnaître
l'autorité du Hatti. Vers 1354 av. J.-C., Suppiluliumas infligea une
série de défaites décisives au Mitanni. Le mécontentement que ces désastres
provoquèrent dans la noblesse mitannienne eût pour conséquence l'assassinat
de Tusratta par l'un de ses fils. Artatama II put remonter sur
le trône de Wassagani , la capitale
mitannienne, mais au prix d'un abandon de la majeure partie de son héritage
et de son pouvoir entre les mains de l'Assyrie qui avait recouvré une indépendance
totale dès la mort de Tusratta. L'anarchie s'aggrava au Mitanni sous
le règne de Suttarna III, fils d'Atatama. Cette situation et
le fait que l'Assyrie alliée de Suttarna III était hostile au nouveau
royaume hittite incita Suppiluliumas à accueillir Mattiwaza,
fils de Tusratta, et à en faire son gendre. Il lui laissa reconquérir
sur Suttarna la partie occidentale du Mitanni. Cependant que les provinces
orientales où Hanigalbat restaient aux mains du fils d'Atatama II
grâce à l'appui assyrien. L'ancien Empire mitannien, dont la puissance était
définitivement brisée, se trouvait désormais scindé en un protectorat hittite
à l'ouest et un satellite assyrien à l'est ; ce dernier devait disparaître
complètement après une victoire écrasante que le roi d'Assyrie Salmanazar
Ier remporta vers 1274 av. J.-C. sur le Hanigalbat, d'où les
Assyriens avaient été temporairement chassés et sur ses alliés hittites.